Faire tes semis… mais quel terreau choisir ?

Faire tes semis… mais quel terreau choisir ?

Tu rêves de faire tes semis toi‑même, avec de belles variétés paysannes, mais à chaque printemps tu bloques devant le rayon terreaux : universel, horticole, jardinières, terre de bruyère, semis et bouturage… et au final tu ne sais jamais quel sac prendre pour tes jeunes plants potagers. Cet article est là pour t’aider à y voir clair et te montrer qu’un terreau bien choisi, sans tourbe, peut te donner des plants solides, productifs… sans sacrifier l’écologie.


C’est quoi, vraiment, un terreau ?

Le terreau, ce n’est pas juste de la “bonne terre” mise en sac : c’est un support de culture fabriqué, mélange de matières organiques (composts, fibres de bois, écorces, parfois fibre de coco) et de matières minérales comme le sable ou la perlite, pensé pour offrir aux racines un milieu léger, aéré et stable. 

Un bon terreau laisse circuler l’air, retient assez d’eau pour éviter le stress hydrique, sans jamais se transformer en gadoue compacte où les racines étouffent.

Pour les semis potagers, l’idéal est un terreau très fin, homogène, peu à moyennement nourrissant : assez structuré pour maintenir l’humidité autour de la graine, mais sans excès de sels minéraux qui risqueraient de brûler les jeunes racines et de favoriser la fonte des semis.

Aux Jardins de Marcelle, c’est exactement ce type de substrat que nous utilisons pour démarrer nos légumes : un terreau de semis spécifique, affiné, qui permet d’obtenir des levées régulières et des plants trapus, faciles à repiquer ensuite au potager.

 

Pourquoi nous avons abandonné la tourbe

Pendant longtemps, la plupart des terreaux du commerce étaient basés sur la tourbe, parce qu’elle est légère, acide et retient très bien l’eau. Le problème, c’est l’origine de cette ressource : la tourbe se forme dans les tourbières, des milieux humides où la matière organique s’accumule très lentement, sur des milliers d’années, et qui stockent des quantités énormes de carbone.

Les tourbières ne couvrent qu’une petite partie des terres émergées, autour de 3 à 5%, mais elles renferment près de 30% du carbone stocké dans les sols de la planète : ce sont de véritables coffres‑forts à carbone. En France, environ 111 000 hectares de tourbières concentreraient près de 153 millions de tonnes de carbone, soit à peine 0,2% du territoire mais environ 3% du carbone des sols. Dès qu’on les draine et qu’on extrait la tourbe, ce carbone se transforme progressivement en CO₂, et ces milieux passent de puits de carbone à sources de gaz à effet de serre, tout en perdant une biodiversité exceptionnelle.

C’est pour toutes ces raisons qu’aux Jardins de Marcelle, depuis la création de la ferme en 2019, nous avons fait un choix clair : n'utiliser que des terreaux sans tourbe, y compris pour nos semis professionnels. Nous travaillons avec des substrats à base de composts végétaux, fibres de bois et autres matières renouvelables, et les résultats sont là : nos plants sont vigoureux, bien racinés, et nous sommes désormais reconnus dans la région pour la qualité de nos plants potagers.


Qu’est‑ce qui remplace la tourbe… et est‑ce que ça marche vraiment ?

Pour remplacer la tourbe, les fabricants s’appuient aujourd’hui sur un cocktail de matières organiques renouvelables : fibres de bois, écorces compostées, compost vert, parfois fibre de coco, complétés par des éléments minéraux (sable, perlite, pouzzolane) pour ajuster drainage et aération.

  • Les fibres de bois et écorces compostées, issues de la filière forestière, apportent une structure très aérée et stable, idéale pour le développement des racines et la gestion de l’eau.

  • Le compost végétal bien mûr fournit humus et nutriments, à condition d’être correctement stabilisé pour éviter toute phytotoxicité.

  • La fibre de coco, sous‑produit de l’industrie de la noix de coco, améliore la rétention d’eau et l’aération, avec un impact carbone globalement plus faible que la tourbe à quantité équivalente, malgré le transport.

Sur la ferme, ces substrats sans tourbe sont utilisés au quotidien pour nos semis de tomates, poivrons, aubergines, choux, salades et aromatiques. Combinés à nos propres graines paysannes produites à la ferme, et à l’eau de pluie récupérée pour l’arrosage, cela nous permet de démarrer des plants robustes avec une fertilité vivante et cohérente avec notre démarche de permaculture.

 

 

Les grands types de terreaux… et celui qu’il te faut pour les semis

Dans les rayons, on retrouve plusieurs grandes familles de terreaux qui n’ont pas du tout le même usage.

  • Le terreau universel est un “passe‑partout” : assez riche, plutôt grossier, adapté pour les plantations de massifs, le remplissage de bacs ou le rempotage de plantes vertes, mais trop grossier et souvent trop nourrissant pour des semis très fins.

  • Le terreau horticole ou “spécial jardinières” est formulé pour des plantes déjà installées en pots, souvent avec une fertilisation plus poussée pour tenir plusieurs semaines ou mois, ce qui n’est pas idéal pour des plantules encore fragiles.

  • La terre de bruyère ou “dite de bruyère” est un substrat acide et plutôt pauvre, taillé pour les plantes acidophiles (rhododendrons, azalées, camélias, myrtilles…) et pas du tout pour la majorité des légumes qui aiment un pH plus neutre.

  • Le terreau spécial semis et jeunes plants se distingue par une texture très fine, une bonne aération et une fertilisation modérée, précisément pensée pour la germination et les premières semaines de croissance.

C’est ce dernier que nous utilisons pour démarrer nos plants potagers, dans sa version sans tourbe : le résultat, ce sont des levées régulières, des tiges courtes et solides, et un système racinaire dense qui supporte très bien le repiquage en mottes ou en pleine terre. Les essais comparatifs montrent d’ailleurs que les terreaux sans tourbe bien formulés peuvent donner des résultats de germination et de qualité de plants au moins équivalents aux terreaux à base de tourbe.

 

Comment choisir ton terreau de semis, en pratique ?

Pour choisir un bon terreau pour tes semis potagers, tu peux te baser sur trois réflexes simples :

  1. Vérifier l’usage : privilégie un terreau clairement indiqué “semis” ou “semis et jeunes plants”.

  2. Chercher la mention “sans tourbe” : certains fabricants affichent désormais “0% tourbe” ou “sans tourbe” sur leurs sacs, notamment dans les gammes bio ou écologiques.

  3. Regarder la composition : plus le mélange est basé sur des matières végétales (composts, fibres de bois, écorces, coco) avec une fertilisation modérée, plus il sera cohérent avec une démarche de permaculture et adapté aux semis.

On trouve aujourd’hui ce type de terreau dans de nombreuses jardineries, coopératives et sur des sites spécialisés en jardinage bio et en semences paysannes. Sur notre ferme, ce terreau sans tourbe, associé à nos propres graines paysannes et à l’eau de pluie, est la base de la qualité de nos plants : c’est cette combinaison qui fait la différence dans la vigueur des plants que tu retrouves ensuite au potager.

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